LE PROCÈS DE PAULA BULGARU

Le journal « Ziarul de Iasi », 26.10.2001

La salle de jugement a été pleine hier. Du pardon ou du châtiment? Aujourd’hui on va apprendre la réponse au plus impressionnant procès de l’année.

Au troisième complet du Tribunal civil il y a eu « un tremblement de terre ». Ce n’était pas avec l’ébranlement des fenêtres ou des murs. Ce n’était pas avec la panique et l’exaltation de l’instinct de survivre. C’était un tremblement de la conscience attrapée entre la compassion et la punition. Une lutte pour trouver une réponse. « Est-ce qu’il faut ou il ne faut pas punir Paula Bulgaru pour avoir crié contre le Métropolite Daniel et l’Evêque Casian? » a été la question qui a dominé le plus impressionnant procès qui a eu lieu à Iasi en 2001. Le scandale qui a débuté le jour de la Sainte Paraschiva, a eu une fin inattendue. Ce qui voulait être un simple avertissement pour ceux qui dérangent une messe religieuse s’est transformé dans une dispute entre le Code Pénal et la Bible, une dispute qui a été intensément médiatisé. Où se termine le territoire de l’une et ou commence le territoire de l’autre? Quelle est la frontière entre elles?

On a cité comme témoins même le Métropolite Daniel et l’Evêque Casian afin de trouver une réponse aussi convaincante que possible. Ceux qui étaient présents se sont divisés en deux équipes: quelques-uns demandaient la punition conformément au Code Pénal, mais d’autres demandaient la compassion conformément à la Bible. Laquelle de deux lois est plus forte? C’est le juge qui a la dernière parole à dire devant les gens. Mais celui-ci est attrapé justement entre la loi de l’homme et la loi de Dieu. Il établit des punitions selon le Code Pénal. Mais il ne peut pas développer son activité dans la salle de jugement s’il n’a pas la Bible devant lui. On pardonne ou on punit Paula Bulgaru? La réponse du juge sera donnée aujourd’hui.

 On a jugé en complet d’urgence

Paula Bulgaru est venue très tôt le matin au Tribunal Civil. Elle a voyagé en voiture parce que les connections par train de Braila étaient mauvaises et elle n’aurait pas voulu arriver de retard à son propre procès. Elle est venue accompagnée par deux amies qui partagent son point de vue. C’était pour trois heures qu’elle est restée debout dans le hall du Tribunal en attendant son tour devant l’instance. Elle a vu son nom écrit sur la liste du complet de jugement de la salle III à la position 41. Mais le mot « erreur » était écrit en rouge à côté de son nom. Au début, elle a cru qu’un juge ou une greffière avait précisé cela afin de chasser les gens qui étaient curieux à l’égard de son procès. Ultérieurement la situation s’est clarifiée. Paula Bulgaru devait être jugée par un complet spécial dans la salle III et son nom avait été écrit par erreur sur la liste affichée. Son procès devait commencer séparément à 12 heures.

 « L’inculpée Paula Bulgaru »

 La salle III était presque pleine à midi. Assis sur des bancs, dizaines de gens attendaient leur tour au procès. La majorité d’eux étaient venus de la campagne. Dans le lieu des accusés, il y avait cinq détenus accompagnés par deux policiers, qui attendaient leur tour, aussi. Paula Bulgaru s’est assise avec ses amies quelque part, au milieu de la salle. Les avocats ont occupé leurs places en face et préparaient en détail les plaidoyers qu’ils allaient présenter. « Je suis émue et je te prie de me dire à la fin si l’on a vu mes émotions », Gianina Geantau m’a avoué. Le dernier problème lié à la présence du Métropolite Daniel dans la salle de jugement a été résolu par Mariana Bazdara. « Voila ce qui est écrit ici : qu’on refuse de recevoir la citation car le Métropolite est parti », l’avocat a lu le message de la Métropolie pour le cas de Paula Bulgaru. Les discussions de la salle ont cessé brusquement lorsque le juge Diana Micu a fait son apparition. Sur la table on a mis la Bible et la Croix. Le procureur Radu Moisescu, un grand jeune homme s’est assis dans son fauteuil. Le juge a commencé le procès par « Inculpée Paula Bulgaru », puis on a entendu « présent » immédiatement et Paula Bulgaru, habillée en vêtements de nonne est venue à la barre. Sa tète était plus bas du microphone qui aurait permis à la salle d’entendre chaque mot.

Les mots qui ont provoqué le scandale: « Ils ne sont pas dignes »

Dans la première partie du procès, les avocats ont demandé un supplément à l’interrogatoire de la fille. La juge a été d’accord et Paula Bulgaru a raconté ce qu’elle avait fait le dimanche de 14 octobre. « Je suis arrivée à la Métropolie vers les 8 heures et j’ai attendu le commencement de la messe. Je me suis priée et j’ai écouté tout ce qu’on a dit jusqu’à 10 heures 30 », Paula a commencé à se rappeler. Les gens de la salle chuchotaient entre eux et se racontaient l’un à l’autre quel ennui les avait apportés à Iasi. Cependant, les paroles « Dieu, saint, Métropolie, métropolite, évêque” ont eu l’effet d’un aimant. Peu à peu, l’attention de tous s’est dirigée vers la silhouette mince qui essayait à se faire remarquée entre le manque d’intérêt du procureur et la volonté des avocats de se faire entendus. « Lorsque le prêtre a demandé s’ils sont dignes d’être mentionnés, j’ai répondu qu’ils ne le sont pas et puis j’ai dit : En bas avec Daniel! En bas avec Casian! », Paula a reconnu et a demandé d’être jugée selon « la loi de Dieu ».

Après avoir signé la déclaration, à la barre est venue l’une de ses amies qui était citée en tant que témoin. « On a seulement entendu les paroles: Ils ne sont pas dignes! Puis quelques hommes l’ont mise à la porte de la Métropolie », a avoué Maria Stanciu, l’épouse d’un chantre. Lorsque Maria Stanciu racontait que Paula croit bien à Dieu, le procureur regardait fixement l’une des fenêtres de la salle. On ne sait pas s’il était enchanté par le vol des corneilles effrayées par l’arrivée de l’hiver ou s’il aimait les araignées du coin de la fenêtre. Il était évident qu’il créait la sensation qu’il n’était pas intéressé à ce que le témoin déclarait. En échange, le public écoutait chaque mot prononcé devant le juge. Il y a eu même des personnes qui disaient discrètement de se taire aux personnes qui ne voulaient pas faire du silence.

Le procureur Radu Moisescu « Emprisonnement avec sursis »

Le conte qui était dessiné devant le juge a réussi finalement à faire du silence. Le va-et-vient par la porte de la salle de jugement est disparu hier pour deux heures. Personne n’est sorti de la salle, on est seulement entré. A un moment donné, la salle était complètement pleine. Les tètes de ceux de la Salle étaient positionnées de sorte qu’ils voient directement le triangle formé par le juge- le procureur- l’avocat au milieu duquel il y avait Paula Bulgaru et Maria Stanciu. Ceux qui restaient debout ont incliné leurs corps l’un après l’autre en formant un éventail avec plusieurs têtes. Les policiers ont enlevée leurs casquettes tandis que les détenus ont oublié qu’ils avaient des menottes aux mains. Le juge n’a pas dû dire rien à personne pour assurer le silence. Après que le témoin ait signé la déclaration, « la guerre » entre l’accusation et la defence a commencé.

Le procureur a insisté sur le fait que la jeune fille a crié à haute voix pendant la messe, Elle a porté une grave atteinte à la solennité du moment. « Plus d’un million de personnes sont venues et ont été extrêmement agitées à cause des cris de la fille », a montré Radu Moisescu, en prononçant le mot « grave » plusieurs fois. En ce qui concerne le fait que la fille a reconnu devant les enquêteurs, l’accusation a demandé la condamnation de Paula Bulgaru à la prison avec sursis.

La querelle entre le procureur et les avocats de la defence

Les avocats ont été irrités parce qu’elles n’ont pas été laissées d’apporter des preuves à la defence. « On a fait l’accusation selon les déclarations des trois témoins qui sont des religieuses, mais les procureurs n’ont pas explicité le contenu des expressions calomnieuses et des injuries ». « Madame le Président, vous ne savez ce que vous jugez parce que l’accusation n’a pas précisé quels ont été les mots offensifs. Et depuis quand la reconnaissance est une preuve si elle n’est pas soutenue par des preuves? Alors quoi faire? Croire les procureurs selon ce qu’ils disent? » a demandé l’avocat Gianina Geantau, en insistant ensuite sur la citation du Métropolite Daniel. Le procureur à essayé de couper court à l’élan de l’avocat en lui disant que le Métropolite n’aurait pas quoi déclarer en tant que témoin, car il n’a pas entendu ce que Paula Bulgaru a crié à haute voix. « Alors, s’il n’entend pas et s’il ne voit pas, il ne doit pas être prêtre, conformément aux règlements de l’Eglise », a « mordu » l’avocat Mariana Bazdara. Afin d’aplaner le conflit entre la défense et l’accusation, le juge a annoncé le procureur et l’avocat qu’ils seraient amendés et mis à la porte de la Salle. « Je paie l’amende, mais je ne quitte pas la Salle », a annoncé déterminée l’avocat Mariana Bazdara, puis les gens de la salle ont commencé à rire.

La gaffe monumentale de Radu Moisescu

La deuxième partie du procès a inclus les plaidoyers des deux parties. L’accusation a utilisé le Code Pénal, respectivement la loi de l’homme, tandis que la défense a sorti la Bible, c’est à dire la loi de Dieu. Le premier qui a eu la permission de parler a été le procureur. En quittant pour le moment la contemplation de la fenêtre, avec un Code Pénal minuscule à la main, le procureur a commencé son plaidoyer avec une gaffe monumentale. « En ce qui concerne l’Evêque Casian et …euh… quel est le nom de l’autre », le procureur a bégayé lorsqu’il a voulu faire référence au Métropolite Daniel. On lui a chuchoté le nom tandis que tout le monde de la salle riait, puis il a essayé d’expliquer quelle a été la faute de la fille selon la loi de l’homme. « Les actes montrent que Paula Bulgaru a crié à haute voix lorsqu’il y avait du silence dans la Métropolie. Elle a crié que les deux personnes importantes de l’Eglise n’étaient pas dignes, ce qui représente une diffamation. Conformément à la loi, il est interdit de diffamer et d’inciter aux actes qui dérangent et qui déstabilisent. Elle s’est manifestée dans l’esprit de l’intolérance religieuse et elle a violé le droit de presqu’un million de pèlerins à la prière. Son but était d’empêcher le déroulement d’un moment solennel et elle a réussi cela. En tant qu’importance, le pèlerinage de Sainte Paraschiva est la quatrième procession du monde. Elle a montré son manque de respect envers les gens, les prêtres et les autorités », le procureur a fini son plaidoyer, ensuite il a ajouté une autre idée drôle: « Nous sommes des animaux sociaux ».

« Ne vendez pas la Bible pour un texte du Code Pénal »

La defence a commencé son plaidoyer en utilisant la Bible et ses préceptes. « La fille a crié la vérité. Même dans la Bible on précise qu’on est obligé de crier la vérité et de la faire sortir à la lumière. Paula Bulgaru a essayé d’entrer en audience aux grands prêtres, elle a fait des mémoires, mais elle n’a pas été écoutée. Ce qu’elle a dit est sa conviction personnelle et elle a répondu à une question. Elle ne peut pas être un élément déstabilisateur autant qu’elle s’est priée et elle n’a parlé que seulement lorsqu’elle a été demandée”, a dit Gianina Geantau. Puis elle a prié le juge d’empêcher une vente. « Adam a vendu le Paradis pour une pomme. Ne vendez pas la Bible pour un texte du Code Pénal », a imploré l’avocat.

Mariana Bazdara a commencé son plaidoyer par le désir de présenter sa carte d’identité afin de montrer qu’elle « n’est pas un animal », en ironisant ainsi le procureur. Puis, elle a invoqué la Bible à l’aide de la fille. Elle a demandé qu’on n’appliquât pas la loi de l’homme pour un fait qui a eu lieu sur la terre de Dieu. Elle a fait référence au droit de chacun à une opinion et à une conviction personnelle. Elle a insisté sur le fait qu’il n’y a eu aucun fait pénal. « Dieu a permis ce procès pour que nous apprenions la vérité », a semblé crier Mariana Bazdara à la fin. Pendant les plaidoyers, la salle avait l’aspect d’une peinture. Les gens restaient tous immobiles et la plupart d’eux restaient bouche-bée. Leurs yeux étaient grands et il y avait une lutte dedans eux. « Est-ce qu’il faut punir Paula Bulgaru ou il ne faut pas la punir? », était la question à laquelle la plupart cherchaient la réponse. Les détenus bougeaient leurs têtes de façon rythmique comme un public présent à un jeu de tennis. Cependant, leurs regards ne suivaient pas la balle, mais les paroles prononcées par les avocats et le procureur.

« Condamnez-moi pour avoir dit la vérité »

La dernière qui a eu la permission de parler a été Paula Bulgaru. Demandée si elle se considère coupable ou non, Paula a refusé de dire un simple « oui » ou « non ». « Est-ce que je suis coupable pour avoir dit la vérité? » elle a commencé très sure d’elle-même. « Alors condamnez-moi pour avoir dit la vérité », sa voix a commencé à trembler. « Mais vous condamnez Jésus Christ que j’ai dans mon cœur », elle a étouffé ses larmes. « Vous condamnez les Saints Apôtres », Paula a lutté pour ne pas éclater en pleurs. « Vous condamnez les martyrs et ceux qui ont souffert », les premières larmes sont apparues. « Vous condamnez la société », elle a dit en pleurant. Mais elle ne pleurait pas toute seule. La plupart des gens de la salle avaient des larmes aux yeux. Deux femmes plus sensibles effaçaient déjà les larmes sur leurs joues. Le juge semblait une statue en pierre. Le procureur s’est couvert le visage dans les paumes pour une raison connue seulement par lui. Les avocats, aussi restaient immobiles et surprise par la réaction de la fille.

« La décision sera annoncée demain », le juge a dit avant de quitter la salle. Un témoin silencieux invisible et tranquille, mais toujours mentionné, présent et utilisé, la Bible semble avoir fait son effet. (Adriana PLECAN)